Retour sur la 4e édition du Forum Schuman qui s’est tenue à Metz du 5 mai au 7 mai 2026.
Pour rappel, le Forum Schuman est une rencontre annuelle qui a pour objectif de renforcer les liens franco-allemands et d’échanger sur les pratiques de chaque pays autour de thèmes de gouvernance et de service public.
Ce forum s’inscrit dans une dimension régionale : outre l’INSP et les anciens élèves de l’ENA-INSP (SeRViR), le Land de Bavière et l’IRA de Metz en sont parties prenantes.
Cette 4e édition a été organisée par l’IRA de Metz. Le forum a bénéficié d’une logistique sans faille, assurée par l’IRA. Son directeur, Jean-Marc Sire, ainsi que l’ensemble du personnel, se sont montrés très présents et particulièrement prévenants.
La délégation du Land de Bavière incluait plusieurs anciens élèves du master franco-allemand MEGA de l’ENA-INSP. Françoise Klein ( ENA 2002) et Patricia Pouliquen ( ENA 1982) représentaient l’association SeRViR.
Lors de la soirée du 5 mai, le maire de Metz, François Grosdidier, a reçu les participants à l’hôtel de ville pour un cocktail dînatoire, qui a été l’occasion de rappeler les liens historiques entre la Lorraine et l’Allemagne.
Durant la matinée du 6 mai, les participants ont pu visiter la maison de Robert Schuman, l'un des pères de l’Europe, et apprécier l’immense contribution de cet homme politique au rapprochement franco-allemand et à la construction initiale de ce qui est devenu l’Union européenne.
L'après-midi du 6 mai était consacrée à un colloque sur la santé numérique — transformation, usages et gouvernance —, auquel le préfet de Moselle Paul Brulot a en partie assisté, a permis aux participants de se familiariser avec le cadre général de la coopération en matière de Santé et de comparer les pratiques françaises et allemandes.
Dr François Braun, ancien ministre de la Santé, a retracé le cadre de la coopération franco-allemande en matière de santé : l'accord-cadre de 2005 sur les soins transfrontaliers, une mention spécifique dans le Traité d'Aix-la-Chapelle, et diverses déclinaisons successives. Le programme Interreg a par ailleurs facilité le financement de la prise en charge locale des soins entre la Sarre et la Moselle. La Covid a nettement accéléré cette coopération — des patients ont été transférés des deux côtés de la frontière. Mais des freins persistent, et ce depuis de nombreuses années : notamment le financement à l'acte côté français, qui freine fortement les transferts de patients vers l'Allemagne. Sa conclusion : malgré des progrès visibles, une montée significative des échanges et parcours de soins ne pourra avoir lieu sans une réforme plus globale de la politique française d'offre de soins.
Mme Charlotte Clément, ancienne élève du MEGA et directrice d'un groupe hospitalier territorial, accompagnée du directeur des services numériques de son groupe, est revenue sur les avancées en matière de résilience et de pilotage du numérique en santé. Son groupe regroupe 8 établissements entre Metz, Verdun et Vitry-le-François. Depuis 2018 et l'obligation de regroupement des établissements et de mutualisation des systèmes d'information, de grands progrès ont été faits en numérisation et en échanges de données patients. Les certifications qualité numérique et les recommandations de l'ANSSI ont contribué à une meilleure homogénéité du traitement des données. Mais cette montée en puissance du numérique a aussi exposé des vulnérabilités : en avril 2022, le groupe a subi une cyberattaque virulente et refusé de payer la rançon. La convergence opérationnelle franco-allemande en santé reste un sujet d'intérêt commun — la collaboration lors du bouclier cyber des JO de Paris 2024, avec 548 incidents gérés dont 83 à criticité élevée, en est un bon exemple.
La Dr Carmen Röhl, du ministère bavarois des Affaires numériques, a choisi d'illustrer le thème du colloque par l'apport de l'IA dans l'étude, la prévention et le traitement des infarctus chez les femmes. L'étude prototype mise en place a donné des résultats extrêmement probants : le diagnostic de ces infarctus laissait en fait beaucoup à désirer, les symptômes différant entre les deux sexes, avec des délais de prise en charge pouvant atteindre quatre heures chez les femmes. L'IA en santé ne sert donc pas qu'à collecter des données : elle permet aussi d'accélérer des traitements vitaux.
La Dr Bünte-Waggerhauser, du Centre bavarois de la famille et des affaires sociales, a présenté le plan directeur de Bavière en matière de prévention, clé de la santé. Ce plan, celui du Land le plus peuplé du pays, est une première en Allemagne. Lancé en 2025, il se veut une approche holistique, préventive et non curative, pour sensibiliser la plus large partie possible de la population bavaroise aux outils et bienfaits de la prévention, clé d’une meilleure santé et qualité de vie. Plus de 150 partenaires y participent, qu’il s’agisse de médecins, de personnel et d’institutions d’aide à l’enfance ou aux personnes âgées, mais aussi de fédérations sportives et d’établissements d’éducation, notamment les universités.
La matinée du 7 mai était consacrée à la visite de l'hôpital de Mercy, près de Metz, et à l'aide que l'IA apporte concrètement aux praticiens en matière de diagnostic et de soins. Les participants ont visité les locaux du département d'oncologie, notamment les nouveaux scanners. Un doctorant, graphiques et radios à l'appui, a expliqué comment l'IA permet de pallier certains angles morts des scanners actuels en créant des images 3D des tumeurs et en suivant leur évolution temporelle. Les responsables bavarois ont également été attentifs aux nombreux prospectus disponibles pour les patients et leurs familles : parcours sport-santé, aides aux familles, groupes de partage d'expériences ; et cet aspect « échange de bonnes pratiques » a visiblement retenu leur attention.
Le 5e forum Schuman devrait se tenir en 2027 dans le Land de Bavière.
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